A Propos - Éducation sans certificat

Nous vous l’annoncions ce 24 janvier dans l’émission du lundi de Radio Libre : le collectif ESC se forme en association !


Septembre 2021, annonce des uni­ver­si­tés : le pass sani­taire et sa contrainte ou la dénon­cia­tion. Des mil­liers d’entre nous com­prennent avec froi­deur, que notre vie venait de basculer.

Un canal Telegram est ouvert, le lien se par­tage, les gens le rejoignent et nous sommes des mil­liers : à nous échan­ger de l’information, à ten­ter de démê­ler la situa­tion, à faire part de notre conster­na­tion, à se sou­te­nir… Des idées d’actions appa­raissent, des modèles de lettres sont par­ta­gés et nos pre­mières actions sont nées.

Des pre­mières ren­contres s’organisent, des liens se tissent. Puis ce lien se per­pé­tue et un petit groupe met en place des réunions en visio pour se struc­tu­rer. Nous visons à ce moment à abo­lir, ce que nous pré­sen­tions toutes et tous, comme étant les bases d’une dis­cri­mi­na­tion et d’une inéga­li­té des chances.

Les groupes Telegram s’agencent par des ini­tia­teur-es qui créent des sous-groupes. Puis nous pas­sons ensemble du vir­tuel au réel : nous nous rejoi­gnons le 21 sep­tembre 2021 pour mani­fes­ter notre oppo­si­tion à ces mesures.

Des étudiant.es issu.es des groupes Telegram prennent la parole au côté de professeurs.es et d’éducateur.trices pour dénon­cer les lois anti­cons­ti­tu­tion­nelles et poli­ti­co-sani­taire du gouvernement.

Se mani­fes­ter sur le ter­rain est une part impor­tante de la lutte, nous avons alors por­té la voix étu­diante, votre voix, dans de nom­breuses villes de la suisse romande. 

Un comi­té se consti­tue peu à peu par ces réunions visios. Le mou­ve­ment étu­diant prend forme et se mue en col­lec­tif, qui est sou­te­nu par énor­mé­ment de généreux.ses contributeur.trices et orga­ni­sé autour d’un comi­té collaboratif. 

Par la suite les étudiant.es sont sou­te­nu-es par de nombreu.es avocat.es au sens éthique pro­fond, et orga­nisent des actions judi­ciaires. Le col­lec­tif coor­donne les actions pour per­mettre la mise en place de 4 recours can­to­naux visant à abo­lir ces entraves au droit à l’éducation. Ainsi que l’un en Allemagne, mise en place à l’initiative des étu­diant-es de l’école de musique de Nuremberg. 

Le col­lec­tif veille à la situa­tion par­ti­cu­lière dans chaque éta­blis­se­ment et met en place, lorsque cela est pos­sible, des solu­tions pour allé­ger le poids des mesures dis­cri­mi­na­toires que nous devons subir au quotidien.

Mais plus les mois passent et plus le moral de chacun.es empa­thie et s’affaiblit face à des mesures qui dur­cissent dangereusement. 

Quatre mois après notre pre­mière mani­fes­ta­tion nous devons consta­ter que : 

  • L’inégalité de cir­cu­la­tion au sein de nos éta­blis­se­ments de formations,
  • Le poids du cli­mat anxio­gène des outils de contrôles,
  • La contrainte des tests.


A pous­sé nombre d’entre nous à se dés­ins­crire tem­po­rai­re­ment, ou à mettre un terme défi­ni­tif à nos études. Certain.es cama­rades le vive comme une libé­ra­tion et y voient la pos­si­bi­li­té de mettre à pro­fit ce temps pour créer des solu­tions durables. Puis il y’a celles et ceux qui n’ont plus la force de conti­nuer à résister.

Et, le désor­mais his­to­rique 28 novembre le jour de l’annonce des résul­tats, après des mois de luttes : nous vous expri­mions notre vision de solu­tions pérennes et viables. 

La lutte unique sur le plan juri­dique et poli­tique de la dic­ta­ture sani­taire, ne sera pas une solu­tion qui puisse nous mettre défi­ni­ti­ve­ment à l’abris de la machine auto­ri­taire de l’État. 

Ce qui a été per­mis au cours de ces deux der­nières années révèle à quel point ce sys­tème finan­cier, poli­tique et moral est nui­sible et dan­ge­reux. Tout comme, les ins­ti­tu­tions et orga­nismes de défenses qui ont failli à leur devoir se révé­lant alors obsolètes.

C’est la rai­son pour laquelle ce col­lec­tif se mue en asso­cia­tion com­po­sée d’un comi­té, d’un staff et de collaborateur.trices externes. C’est une aven­ture for­ma­trice accé­lé­rée excep­tion­nelle qui com­mence pour tous ces acteur.trices ! 

L’association ESC (Éducation Sans Certificat), œuvre à don­ner les moyens, à tous les étudiant.es quel que soit leur sta­tut vac­ci­nal, mais plus lar­ge­ment, à chaque être humain :

  • De béné­fi­cier libre­ment d’un droit d’accès digne et éga­li­taire à l’éducation,
  • De se ren­con­trer pour pra­ti­quer des acti­vi­tés physiques,
  • Intellectuelles,
  • Ou manuelles.


Sans aucune entrave liée à une quel­conque distinction.

Mais aus­si :

  • À unir les forces popu­laires et étu­diantes suisses et internationales,
  • Tout en éla­bo­rant des alter­na­tives pour une indé­pen­dance du sys­tème de consom­ma­tion de masse.


Ciblé sur l’auto-responsabilisation et le par­tage de com­pé­tences en fonc­tion­ne­ment par intel­li­gence collective.

Pour beau­coup d’entre nous, d’aucun.e n’avait jamais mani­fes­té, ou par­ti­ci­pé à un mou­ve­ment asso­cia­tif ou poli­tique. Mais la contri­bu­tion col­lec­tive, la déter­mi­na­tion et la croyance en des valeurs humaines et socié­tales pro­fondes et éthiques aura ren­du tout cela possible.

Nous tra­vaillons depuis des semaines déjà à la mise en place de pro­jets ambi­tieux, qui garan­ti­raient à cha­cun-es ces prin­cipes que nous por­tons. Tout en péren­ni­sant une lutte sur le ter­rain et poli­ti­co-judi­ciaire qui reste non négli­geable mal­gré tout.

« En vérité le chemin importe peu, la volonté d’arriver suffit à tout », Camus

Identité visuelle

Éducation sans certificat, le groupe Telegram de la mobilisation étudiante, devenu collectif puis association !

Le chan­ge­ment est signi­fi­ca­tif : ESC se mue en asso­cia­tion. Il s’a­git là d’une démarche qui signe la néces­si­té d’une telle orga­ni­sa­tion étu­diante dans le tis­su social suisse.

Alors que de nou­veaux pro­jets d’envergure sont en chan­tier, qui visent notam­ment à élar­gir les domaines d’activité de l’association, ESC conserve son iden­ti­té visuelle, le sif­flet jaune, consti­tuant les assises de ses repères gra­phiques, empreints d’une his­toire et d’une sym­bo­lique forte, comme de sou­ve­nirs marquants.

Durant l’Antiquité gré­co-romaine, le jaune a sym­bo­li­sé fer­ti­li­té et pros­pé­ri­té. Nous nous en ins­pi­rons aujourd’hui et le mani­fes­tons dans l’esprit col­lec­tif de col­la­bo­ra­tion qui lie chaque membre et par la volon­té ardente d’en­tre­te­nir un ter­rain fer­tile pro­pice au par­tage d’idées et à l’élaboration.

Le sifflet, le symbole du mouvement étudiant.

Schaeffner disait de la flûte qu’elle était le « conduit du souffle et de l’âme ». Nous pou­vons ain­si dire que le sif­flet est un sym­bole de la vie. Mais plus encore, le sif­flet revêt de nom­breux sym­boles et son uti­li­sa­tion peut se méta­mor­pho­ser au fil des époques. Métamorphose que nous allons briè­ve­ment pas­ser en revue.

Lorsque l’on évoque le sif­flet, on se repré­sente ins­tan­ta­né­ment la forme et le son par­ti­cu­lier de ce petit objet, que l’on ima­gine par­ti­cu­liè­re­ment entre les mains d’un agent, d’un arbitre, d’un‑e chef-fe de train, ou encore dans celles d’un enfant, pour lui ser­vir de jouet. Ce sont ses capa­ci­tés sonores très effi­caces qui font sans nul doute ses atouts.

Pourtant, comme beau­coup de choses dans la vie qui au pre­mier abord pour­raient paraitre banales et usuelles, le sif­flet est d’une grande richesse sym­bo­lique, qui s’est adap­tée au fil des époques.

Depuis des mil­lé­naires, le sif­flet est uti­li­sé pour la chasse, le rap­pel des trou­peaux, le com­man­de­ment et don­ner l’alerte. Cependant, si aujourd’hui l’évocation du sif­flet ramène exclu­si­ve­ment aux forces de l’ordre ou au sport, il était un objet d’utilité com­mune au XIXe siècle : domes­tique, serviteur‑e, ser­veur-se, ou encore alerte en cas d’agression, chacun‑e ou presque dis­po­sait d’un sif­flet. Ses nom­breuses et diverses uti­li­sa­tions expliquent sans doute les dif­fé­rents modèles qui ont été créés. Orné de pierre fine, souf­flé en verre et fine­ment sculp­té pour les familles royales, ou fait de terre cuite, de bois ou d’os, le sif­flet est tant modu­lable dans son uti­li­sa­tion que dans le choix des matières pour sa confection.

Grâce à sa fonc­tion signa­lé­tique, le sif­flet pos­sède en réa­li­té une fonc­tion de com­mu­ni­ca­tion, que ce soit avec des ani­maux ou des humains, mais éga­le­ment pour cer­tains, à des êtres sur­na­tu­rels. Le son émis, géné­ra­le­ment stri­dent et se déta­chant du fond sonore, en fait un ins­tru­ment de signal extrê­me­ment adap­té per­met­tant même de l’utiliser pour créer un véri­table langage.

C’est sans rap­pe­ler le lan­gage sif­flé, ne néces­si­tant que l’usage des doigts, ce mode de com­mu­ni­ca­tion arti­cu­lé per­met­tant de dire des mots en sif­flant. Il est uti­li­sé dans des régions du monde où les sif­fle­ments sont plus effi­caces pour com­mu­ni­quer que la parole ordi­naire, en rai­son de la topo­lo­gie des lieux (forêts mon­tagnes abruptes).

Le sif­flet comme ins­tru­ment de com­mu­ni­ca­tion est théo­ri­sé par André Schaeffner (1895–1980), spé­cia­liste des ins­tru­ments et res­pon­sable de la col­lec­tion ins­tru­men­tale au musée de l’Homme (MH), qui esti­mait que les sif­flets pour­raient être une rémi­nis­cence d’un lan­gage sif­flé préexistant.

Pour exemple, Félix Eboué, alors admi­nis­tra­teur colo­nial fran­çais, rap­por­ta que le ban­da, une des langues des peuples de l’Oubangui-Chari, était « une langue musi­cale qui peut se par­ler, se sif­fler, soit avec la bouche, soit au moyen de sif­flets en bois et en corne. »

Même s’il n’en est pas la fonc­tion pre­mière, les sif­flets en terre cuite per­mettent d’en faire un ins­tru­ment de musique. Ne pou­vant géné­ra­le­ment modu­ler que quelques inter­valles, il a pour­tant été uti­li­sé dans le cadre de la Symphonie des jouets de Jospeh Haydn.

En plus de toutes ces fonc­tion­na­li­tés pas­sion­nantes, le sif­flet a aus­si été un ins­tru­ment pour cer­tains rituels de séduc­tions amou­reuses. Comme en Italie ou au Luxembourg, où les jeunes hommes décla­raient leur amour en offrant un sif­flet en forme d’oi­seau à leur promise.

Mais ce sont pour de toutes autres rai­sons que nous déci­dons de choi­sir la sym­bo­lique du sif­flet. Le mou­ve­ment étu­diant l’utilise alors comme désordre sonore lors de mani­fes­ta­tions. C’est par ce bruit stri­dent que nous expri­mons volon­tai­re­ment notre malaise face à l’ordre éta­bli. Nous avons ain­si fait du sif­flet le porte-parole d’un contre-pou­voir. La musique repré­sente un moyen d’ex­pres­sion uni­ver­sel. ESC, par le sif­flet, s’ex­prime en mani­fes­ta­tion col­lec­tive pour créer une « contre-musique » du pou­voir en place, deve­nant donc la voix du corps social en ces moments où l’équilibre com­mu­nau­taire et les liber­tés fon­da­men­tales sont si menacés.